Rencontre avec un ancien consul

Dr. Werner Montag in der französische Schule in Frankfurt

Rencontre avec un ancien consul

La classe de CM2 bilingue a rencontré Werner Montag, ancien consul vivant à Francfort. C’est lors de ses séances hebdomadaires à la piscine qu’il a sympathisé avec le professeur des écoles M. Olivier Gibert, qui l’a convaincu de venir témoigner devant ses élèves :

Werner Montag est né en 1921 à Francfort. Après une carrière de diplomate de par le monde – la Norvège, l’Afghanistan, le Michigan, la France… le voici de retour « chez lui », à Griesheim, où il vit dans la maison de son grand-père. C’est un homme fringuant malgré ses 95 ans et impatient de se confronter aux enfants qu’a rencontré la classe de CM2 de M. Olivier Gibert. Ce polyglotte – il parle norvégien, farsi, néerlandais, anglais, espagnol et parfaitement français – explique d’emblée qu’il va faire son exposé dans la langue de Goethe et celle de… Victor Hugo.

A 12 ans, il refuse de rejoindre les jeunesses hitlériennes

Il évoque son enfance, marquée par la montée du nazisme : il a douze ans, quand son père, directeur d’un lycée et réfractaire à l’idéologie nazie, est destitué et envoyé comme instituteur dans une école de Silésie. Lui même refuse d’adhérer aux jeunesses hitlériennes. Quand la Gestapo l’interroge à ce sujet, il a le courage, alors qu’il n’a que 12 ans, de répondre « Das ist doch freiwillig, ich bin kein Anhänger von Hitler ». Cela semble simple ainsi raconté mais il souligne que ça ne l’est pas tant que ça, de résister dans un pays en dictature. Il a déjà eu ce débat avec des élèves en France : « pourquoi n’avez-vous pas pris les armes contre Hitler ? », lui ont-ils demandé. « Parce que j’aurais été fusillé le jour suivant » répond-il. Il se félicite que les élèves de cette école, l’aient, depuis, réinvité dans leur classe.

Quand on lui demande comment trouve-t-on le courage de s’opposer à l’idéologie dominante à 12 ans, il répond « mais il faut bien avoir du courage ! », comme une évidence. Et son fils de compléter en expliquant que cette résistance était aussi héritée des parents, démocrates chrétiens.

Aussi peut-on imaginer combien Werner Montag a pu être touché, quand, vivant aux Etats-Unis dans un quartier peuplé de familles juives, son fils qui l’accompagne aujourd’hui, âge de 5 ans à l’époque, a été traité de « nazi » et poussé dans un bosquet de cactus par ses camarades d’école.

Il raconte ensuite sa carrière de diplomate, depuis Oslo où il a dîné avec un Prix Nobel, à Détroit où il a rencontré le petit-fils d’Henri Ford, sans oublier ces 12 années en France, à Nancy, période de sa vie qui lui est chère. Il rend hommage à Robert Schuman, expliquant aux enfants sa vision d’une Europe pacifique, et évoque le traité de l’Elysée signé en 1963 par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle.

Il a organisé la cérémonie à Verdun qui a fourni le cadre à la célèbre photo de Mitterand et Kohl se donnant la main

Dans ses fonctions de Consul et de Consul Général, il a organisé la cérémonie à Verdun lors de laquelle François Mitterrand et Helmut Kohl se sont donnés la main. La photo circule dans les rangs, Werner Montag figure en arrière-plan parmi les rangées d’officiels. Mais les enfants s’intéressent plus aux décorations qu’il a reçues, notamment  la Légion d’Honneur que lui a remise François Mitterrand et l’insigne de chevalier des Arts et des Lettres décernée par Jacques Lang.

Vient ensuite le moment pour les élèves de poser des questions : une pluie de mains se lèvent, Werner Montag et son fils peinent à donner la parole à chacun.

Chevalier de la Légion d’honneur, chevalier des Arts et Lettres… Werner Montag a noué des liens forts avec la France

De « est-ce que c’est Napoléon qui vous a donné votre Légion d’honneur ? » à « Vous êtes-vous déjà présenté devant 1000 personnes ? », les CM2 sont curieux de nombreux aspects de la vie de Werner Montag. « Oui, à Indianapolis, j’ai eu à parler devant 1000 personnes. Imaginez-vous : vous êtes dans l’obscurité, on dit votre nom, et vous devez vous adresser à l’auditoire dans une langue qui n’est pas la vôtre, naturellement. » Il faut savoir être diplomate : il s’agit de représenter son pays et non de donner son opinion personnelle. « Je voulais encore être Consul Général le lendemain», explique-t-il avec humour.

A la question « Combien de langues parlez-vous ? », il énumère ses six langues étrangères, en plus de l’allemand (et du hessich !), et explique qu’il entendait s’exprimer dans la langue du pays où il était nommé et sans recourir à un interprète. C’est ainsi que pendant un an, 2 fois par semaines, il prend des cours particuliers pour apprendre le norvégien et passe au bout d’un an le diplôme de l’Université norvégienne. Quelques années plus tard, il fait preuve de la même ténacité avec le néerlandais. Pour ce qui est du français, tout le monde au Lycée Victor-Hugo a pu constater qu’il se l’était tout à fait approprié !

Les enfants ont une dernière question à poser : « Comment c’était avant, sans téléphone portable, sans tablette… ? »

« Il fallait rencontrer les gens », répond-il. Il évoque avec un sourire nostalgique les repas qui duraient au moins trois heures en France. Ou se remémore telle rencontre dans un bon restaurant à Strasbourg au bord de la rivière, qui serait aujourd’hui sans doute supplantée par une visio-conférence beaucoup moins sympathique.

Oui, le rôle de la rencontre et de l’ouverture aux autres, ce sera un des enseignements majeurs du Dr Werner Montag pendant cette visite. Il l’a illustré aussi bien dans carrière de diplomate que, depuis sa retraite, par ses activités culturelles, religieuses et sportives. C’est d’ailleurs grâce à ses séances bihebdomadaires à la piscine Rebstockbad qu’il a fait connaissance avec le professeur des écoles Olivier Gibert. L’autre grande leçon qu’ont pu tirer les enfants de cet échange, c’est combien le travail et l’effort permettent d’accomplir son but, qu’il s’agisse d’apprendre des langues étrangères ou d’être « fit » même à 95 ans !